BVA met ses chiffres au service d'Hadopi
BVA vient de rendre public le deuxième volet de son observatoire annuel des nouvelles technologies et du multimédia réalisé auprès d'un échantillon représentatif de la population française et d'un sur-échantillon de « technophiles ».
Pour le compte de
The Phone House, de
BFM et du journal économique
la Tribune, l'institut de sondage
BVA a réalisé
une enquête sur les comportements des Français envers les NTIC et les technologies multimédias, du 16 au 22 septembre 2008. Cet observatoire annuel s'appuie sur un échantillon national représentatif de 978 personnes âgées de 15 ans et plus et sur un sur-échantillon de 575 personnes qualifiées de «
technophiles ».

Sont considérées par BVA comme technophiles les personnes portant, de leur propre aveu, «
beaucoup » d'intérêt aux NTIC mais également toute personne possédant un téléphone mobile, une connexion Internet à la maison et un «
produit high-tech du type iPod, Blackberry, PDA, Wi-Fi, baladeur vidéo ». Avec des critères aussi larges, c'est sans peine que la population technophile française atteint les
44 % de la population totale, soit 6 points de plus qu'en 2007.
Dans la quatrième section de son sondage, intitulée «
Les grands sujets d'opinion », l'institut BVA s'intéresse aux pratiques des Français
en matière de téléchargement aussi bien légal qu'illégal.
Concernant
le téléchargement illégal, un premier constat s'impose : les chiffres sont
en nette baisse par rapport à 2007. En effet,
18 % de l'échantillon « grand public » déclare avoir téléchargé illégalement des musiques ou des films sur Internet ou s'être fait passer des films ou des musiques téléchargés par d?autres illégalement contre
23 % en 2007. Ils sont
33 % parmi les technophiles contre
45 % l'an passé.
Cliquez sur l'image pour l'agrandir
En ce qui concerne
le téléchargement légal, la question n'était pas posée en 2007,
ce qui en dit long sur l'état de l'offre légale il n'y a pas si longtemps encore. En tout état de cause, les chiffres « grand public » sont
identiques à ceux du téléchargement illégal. Ainsi, 18 % des personnes de l'échantillon « grand public » interrogées déclarent avoir eu recours au téléchargement légal au moins une fois.
Cliquez sur l'image pour l'agrandir
L'interprétation que donne BVA de ces chiffres est cependant
pour le moins surprenante. En effet, l'échantillon est aussi interrogé sur
la loi Hadopi. Présentée comme étant une mesure mettant en place «
des sanctions graduées pour les personnes qui pratiquent le téléchargement illégal sur Internet : mails d?avertissement, suspension de l?abonnement, collecte de données privées puis surveillance du réseau privé », il est demandé aux sondés
s'ils pensent que ce projet de loi permettra de faire évoluer les pratiques.
[_BREAK_PAGE_]
Quelle que soit la catégorie interrogée (grand public, technophile, moins de 25 ans),
aucune ne penche en faveur de la riposte graduée.
50 % du grand public,
54 % des technophiles et jusqu'à
60 % des moins de 25 ans pensent que « Création et Internet » ne permettra pas de faire évoluer les pratiques.
Cliquez sur l'image pour l'agrandir
Or, selon l'analyse de l'institut de sondage, la baisse du téléchargement illégal enregistrée en un an s'expliquerait en partie par le projet de loi Hadopi «
assez efficace par les Français (38%) et surtout par les personnes plus connectées, et donc, les plus concernées par le téléchargement illégal : 40% des technophiles et 55% des jeunes pensent 'qu?il fera évoluer les pratiques' ».
Nous ne nous appesantirons pas sur le chiffre de « 55 % de jeunes » favorables à la loi Hadopi dont ne sommes pas parvenus à trouver trace dans le sondage. Néanmoins,
les conclusions qui sont tirées de la confrontation des chiffres entre grand public et technophiles attirent notre attention. Selon BVA, le pourcentage de
personnes technophiles favorables à la loi « Création et Internet » (40 %),
plus important que celui de personnes issues de l'échantillon grand public (38 %) sera la preuve
d'un plus grand sentiment d'efficacité du projet de loi parmi la population technophile.

Que dire alors du fait que le pourcentage de
technophiles défavorables à la loi « Création et Internet » (54 %) soit
plus important que celui de personnes issues de l'échantillon grand public (50 %) ? Serait-ce la preuve, a contrario, que la population technophile a
un plus grand sentiment d'inefficacité du projet de loi ? Ne serait-il pas plus juste, en fin de compte, de dire que
la population technophile est plus concernée par la question que le grand public (6 % de « ne se prononce pas » contre 12 %) ? Ce qui reviendrait à dire que
la population technophile est plus ... technophile que le grand public. Merci BVA pour la tautologie.
Il est en revanche plus pertinent d'insister ? l'institut ne fait malheureusement qu'effleurer la piste ? sur
la confrontation entre téléchargement légal et illégal. En effet, on note qu'aucune mesure répressive ne semble faire le poids face à
une offre légale de téléchargement riche et diversifiée caractérisée notamment par les catalogues musicaux des FAI (
voir article), la prolifération des offres de VoD (
voir article) ou encore le développement de la SVoD (
voir article).
Ainsi, contrairement aux conclusions de l'institut BVA, nous serions plutôt tenté de dire que les résultats de ce sondage confirment
le caractère inepte des dépenses qu'engendrerait la mise en place de la loi « Création et Internet » (
voir article). Non seulement, les mesures envisagées sont
majoritairement jugées inefficaces, mais les consommateurs auraient
spontanément tendance à renoncer au téléchargement illégal face à
une offre légale bon marché et pratique d'utilisation.
Source : DegroupNews
Brève rédigée par Stéphane C. le 02 Octobre 2008 à 17h00.