Erase and Rewind : la fin des magnétoscopes virtuels
Denis Olivennes, directeur général délégué du Nouvel Observateur et géniteur du concept de riposte graduée en France, se retrouve pris dans les mailles des ayants-droit.
La société
Wizzgo,
magnétoscope numérique en ligne, a été condamnée le 25 novembre dernier à verser 480 000 € de dommages et intérêts
pour contrefaçon des programmes du groupe M6 (
voir article). Cette lourde peine faisait suite à
plusieurs ordonnances de référé interdisant successivement à Wizzgo d'enregistrer les programmes de M6, de W9 (
voir article), de TF1, de NT1 et des chaînes de France Télévisions (
voir article).
Devant
la sévérité de la condamnation, les dirigeants de Wizzgo ont pris la décision de
mettre fin à leurs activités.

Cependant, l'offre d'enregistrement des programmes de la TNT avait eu
le temps de faire des émules. Ainsi, le
Nouvel Observateur, en partenariat avec
RecordMe TV, avait lancé son propre magnétoscope virtuel intitulé
TéléObs.
Ce service différait quelque peu de Wizzgo, puisque les enregistrements, programmés à l'avance par les internautes, n'étaient disponibles qu'
en streaming et non pas sous forme de
fichier libre de tout DRM. Cette nuance a longtemps été
la clef de voûte de l'argumentation du Nouvel Obs pour clamer la légitimité de son service. Autre différence notable avec Wizzgo, le service de l'hebdomadaire était facturé
1,80 € pour 12 enregistrements, au-delà des 3 premiers enregistrements gratuits.
Quoi qu'il en soit,
sous la pression de TF1 et de M6,
TéléObs n'a pas fait le pari de tester son argumentaire devant une cour de justice et
a suspendu son service dès jeudi 27 novembre.

Là où l'histoire prend tout son sel, c'est quand on sait que le
Nouvel Obs, soupçonné de
lèser les ayants-droit, est dirigé par
Denis Olivennes, ancien patron de la
Fnac et l'un des concepteurs de
la riposte graduée à l'oeuvre dans le projet de loi «
Création et Internet ».
Celui-ci se défend dans
Les Echos d'être coupable de
fraude ou de
contrefaçon : «
Cette offre a été lancée avant mon arrivée à la tête du magazine. On ne maintiendra pas un service qui ne respecte pas les droits des producteurs et des ayant-droits ».

Nous ne manquerons cependant pas de nous délecter de
l'ironie de la situation où les ayants-droit, par recherche effrénée du profit, sont prêts
à mordre la main de celui qui les a nourris. En souvenir du bon vieux temps, les deux parties parviendront peut-être
à trouver un accord pour proposer un système d'enregistrement numérique en ligne.
En attendant,
ce service innovant que nous avions vu éclore avec joie (
voir article) semble à jamais fâné.
Brève rédigée par Stéphane C. le 28 Novembre 2008 à 17h33.