Filtrage et riposte graduée : la dernière tentation européenne ?
Riposte graduée, filtrage du net : le rapport Ortega de la commission des affaires juridiques est en totale contradiction avec les prises de position de la Commission et du Parlement européens.
L'eurodéputé socialiste
Manuel Medina Ortega (photo ci-contre) est le rapporteur d'un texte sur le droit d'auteur devant être soumis au
Parlement européen et à la
Commission européenne et prônant le recours
à la riposte graduée et au filtrage du net, au nom de l
a lutte contre le piratage.
Ce texte de la commission des affaires juridiques (JURI) surprend par
la tonalité répressive des mesures qu'il préconise et par
le manque de nouveauté des solutions envisagées.
Débutant par une analyse plutôt encourageante, la commission est favorable à
une lutte contre le piratage en plusieurs volets : «
éducation et prévention, développement et accessibilité de l'offre légale numérique, coopération et sanctions pénales ».
Malheureusement, les premières phases sont vite oubliées au profit
de la coopération ? des FAI ? et des sanctions pénales. Même le couplet en faveur de «
l'interopérabilité entre les services en ligne et les divers équipements qui reçoivent ces services » ne parvient pas à chasser la désagréable sensation de déjà-vu qu'inspire le rapport.
Tout d'abord, faisant fi du vote massif des eurodéputés
en faveur de l'amendement 138, la commission JURI se prononce pour «
la création dans les différents États membres d'autorités administratives chargées de veiller, sur saisine des ayants droit et avec une approche graduée, au respect du droit d'auteur sur Internet ».

Il s'agit là d'
un inconditionnel soutien au concept de riposte graduée, pourtant
vertement critiqué par les eurodéputés et par des institutions nationales telles que la CNIL et d'
un encouragement à l'établissement d'autorités de type Hadopi.
En outre, le rapport met à mal, à mots couverts,
la neutralité du net. Dans un premier temps, la commission des affaires juridiques salue «
l'action des différents systèmes judiciaires nationaux », notamment contre
The Pirate Bay, qui ont consisté à imposer
aux FAI italiens et à
leurs homologues danois de couper l'accès au site.
Dans un second temps, le rapport «
invite à réfléchir sur la responsabilité des fournisseurs d'accès en ligne ("providers") d'internet dans la lutte contre le piratage » et «
demande la coopération des fournisseurs d'accès en ligne pour la prévention et la répression de la piraterie électronique ». Ces recommandations sont non seulement
en désaccord avec le droit européen qui interdit d'imposer aux FAI une surveillance du trafic, mais vont également à l'encontre
des prises de position de la commissaire en charge de la Société de l'Information, Viviane Reding.

Au final, le rapport de
Manuel Medina Ortega pour la commission des affaires juridiques du Parlement européen fait figure de
document archaïque, proposant des solutions
en déconnexion totale avec les attentes des utilisateurs d'Internet et
à contre courant de la tendance qui règne au sein des institutions européennes.
Espérons qu'à l'approche des élections, les eurodéputés sauront à nouveau se mobiliser,
comme au temps de l'amendement 138, pour protéger les droits des citoyens européens.
Source : DegroupNews
Brève rédigée par Stéphane C. le 28 Janvier 2009 à 13h02.