Bonjour
Je vais aussi commencer, à la troll, en assénant une lapalissade indiscutable : ce n'est pas "Dash qui lave plus blanc que blanc", mais . . . une autre marque que les anciens ont eu la malchance d'entendre seriner à longueur de journée sur les ondes.
Si Ségala (que je n'ai jamais supporté que lorsqu'il était pianiste dans un bordel grec) n'est pas le plus à même de dénoncer les accès d'internet, sa carrière dans le domaine le plus mensonger et manipulateur de la communication n'entraîne pas ipso facto qu'il ne dise que des âneries. Tout le monde a le droit au repentir . . . ou à des éclairs de lucidité, au choix.
Il y a une bonne quinzaine d'année, des chercheurs canadiens (le Canada avait alors une nette longueur d'avance sur l'utilisation de la toile à des fins pédagogiques) avançaient qu'internet allait "former des crétins". Je ne voudrais l'affirmer pour ma part, mais je sais déjà, par exemple, à quel point le téléphone mobile a participé à l'avancée culturelle de notre jeunesse : texto et babillages continuels considérés comme communication avec l'autre, ont, en toute modernité, créé un univers, un mode de pensée, une langue, des rites, (j'utilise volontairement des termes qui définissent une civilisation) qui dépasse largement l'outil.
Ségala, dans ses propos, n'a fait que reprendre à son compte une idée autrement mieux développé par Mitterrand - mais tout le monde ne peut avoir le talent oratoire de celui-ci : ". . . des gens que l'on jette en pâture aux chiens . . . ". Et rejoint tout à fait l'accusation directe, sans aucun sens oratoire cette fois-ci, reprise par l'actuelle majorité à l'encontre des médias, en particulier de la télé et du Figaro. Et là aussi (je ne porte aucun jugement), à propos d’opinions, accusations, . . . portées à l'encontre d'une personne (Bérégovoy, Dray, Jean Sarkosy).
Liberté de la presse (et des médias) ? A condition que cette presse, ces médias respectent un minimum de déontologie, en particulier en vérifiant ses sources, et un minimum de la véracité des propos. Qu’on se souvienne de la finesse d’analyse, de la recherche de la vérité, de la volonté d’un minimum d’objectivité lors des dramatiques accusations portés à Outreau. Qu’on se souvienne de tous les bidonnages des actualités télévisées. La concurrence à l’information, le scoop nécessaire à l’audience conduisent à bien des dérives, jamais à la réflexion
Or, tout média porte en germe, et ce n’est pas nouveau, une puissance de résonnance, une capacité d’amplification qui fait que de la relation de l’évènement, on passe à la création de cet événement. La sécurité des personnes n’a jamais été aussi bonne dans notre pays (ces 50 dernières années, comparées aux siècles qui précèdent), mais le sentiment général est l’exact inverse. La relation systématique du moindre fait divers transcende celui-ci. Ce n’est plus un fait divers, c’est un événement essentiel, « vu à la télé ». Et qu’importe si 3 semaines plus tard, il se dégonfle. Aucun média ne le relatera. « Le choc des images, le poids des mots », c’est ce qui restera dans l’inconscient collectif.
L’internet est-il différent. Fondamentalement, non. En niveau, pire.
J’ai connu de près, à deux reprises, « des rumeurs », dont la célèbre « rumeur d’Amiens ». La seconde, qui mettait en cause un hypermarché (vipère dans un cheval de bois électrifié) n’a pas été médiatisé. Elle s’est vite éteinte, de ce fait. La première, celle d’Amiens accusait un commerçant de vêtements de profiter des cabines d’essayage pour « faire disparaître » des jeunes filles. Commerçant, mais ce n’est qu’une « coïncidence » de confession hébraïque. Un bon mélange pour attirer toute la presse. Des mois et des mois de rumeurs, amplifiées, déformées, malgré l’absurdité. Un commerçant détruit, dans sa vie, dans son métier, . . . La tension a bien sûr fini par retomber. Quelques spécialistes ont disséqués ce qu’il s’était produit. Peu ont lu. Peu de médias ont relaté alors. Mais, cinq ans plus tard, à l’occasion d’une conversation ou d’une autre, on continuait à entendre des personnes convainques que ce qui avait été vu dans les journaux, à la télé, avait forcément une part importante de vérité.
Les mêmes mécanismes (légendes urbaines fondées sur des peurs et fantasmes collectifs, dénigrement par un concurrent, vengeance d’un client déçu) fleurissent chaque jour sur la toile, caisse de résonnance d’une ampleur jamais atteinte. Alors qu’un minimum de prudence s’impose aux médias traditionnels, rien n’empêche, en quasi impunité, d’écrire ce que l’on veut dans un blog, ou dans tel ou tel forum peu regardant. Et plus c’est gros, plus c’est « trash », plus cela concerne « une célébrité », mieux cela fonctionne.
J’ai cité les mobiles, et leur influence sur l’univers, nouveau, que se créent enfants et adolescents, Leur aîné préfèrent les réseaux sociaux, qui n’ont de sociaux que le nom. La course « au nombre d’amis », la révélation de sa vie privée et de celles des autres, photos les plus intimes comprises, n’ont aucun frein. Peut-on, honnêtement, le souhaiter.
Encore un fois, Ségala n’est pas le personnage le plus indiqué pour dénoncer les excès d’Internet. Mais est-ce une raison pour refuser toute analyse critique à ce sujet,
Il s’agit d’un outil. Comme tout outil, il contient en soi le pire comme le meilleur.
On présente le meilleur, très souvent, surtout par ceux qui y ont tout intérêt. Laissons aussi s’exprimer, même avec outrance – mais cette outrance ne pourra jamais atteindre celle des effets d’amplification de la toile – ceux qui appréhendent les dangers individuels, et aussi collectifs, d’aujourd’hui, et aussi de demain, d’un outil qui peut devenir vecteur de toutes les manipulations et désinformations, qui peut devenir le vecteur d’une communication de l’anonymat, qui peut, et c’est le pire, devenir le vecteur d’une a-culturation.
@+
JM
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