LOPPSI 2 : surfez, vous êtes filtrés !
L'Internet français est pris de stupeur alors que la loi LOPPSI 2 obtient les faveurs de l'Assemblée Nationale. Avec l'instauration du filtrage du Net, des mouchards électroniques, du délit d'usurpation d'identité sur Internet et l'accroissement de la vidéosurveillance, l'Hexagone pourrait entrer dans l'ère de la suspicion à outrance.
Alors que l'opinion publique a les yeux rivés sur les petites phrases des candidats aux élections régionales ou sur les tribulations de
Mickael Vendetta dans une fausse ferme africaine, le gouvernement a mis en marche la machine
LOPPSI 2, loi d'orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure. Derrière ce nom barbare se cachent pourtant des mesures qui pourraient changer le quotidien de nombreux citoyens...
En prenant l'alibi de la protection, la loi LOPPSI 2 s'attire la sympathie de ceux qui pensent que la fin justifie les moyens. En effet, afin de protéger le citoyen contre les contenus pedo-pornographiques, le texte de loi prévoit d'instaurer un
filtrage de la toile avec blocage des sites illicites. Bien qu'il soit relativement impossible, de trouver du contenu pornographique en utilisant Google, Facebook ou Youtube (soit 80 % des activités des internautes), le gouvernement ne veut pas lésiner sur les moyens. A croire qu'il y aurait une pseudo-vague de contenus pedopornographiques s'apprêtant à envahir le web telle une épidémie de grippe...
Le président de l'association FDN (French Data Network), Benjamin Bayard, s'en inquiète et déclare sur
Twitter :
« C'est officiel. Le pédo-porn est un cheval de Troie pour tout ce qui fait peur ». En parlant de cheval de Troie, le texte de loi prévoit également
l'installation de mouchards dans les ordinateurs de certains suspects pour en recueillir les données. Ce système devrait développer son champ d'action la criminalité et à la délinquance organisées (terrorisme, trafic d'armes mais également les personnes dont les revenus ne correspondent pas au train de vie ou celles aidant à la circulation et au séjour irrégulier d'étrangers en France).

Un article concernant la protection de l'identité a aussi été adopté par les députés. Il s'agit tout simplement de
la création du délit d'usurpation d'identité sur Internet. Si jamais vous voulez vous faire passer pour David Beckham afin de draguer sur Meetic, il pourrait vous en coûter jusqu'à un an d'emprisonnement et 15 000 euros d'amende.
Mais Internet n'est pas le seul terrain d'action de la loi LOPPSI 2. Les députés ont approuvé
l'accroissement de la vidéosurveillance, renommée vidéoprotection pour l'occasion, notamment dans les lieux publics.

A force de vouloir tout protéger, la loi LOPPSI 2 tisse donc sa toile dans notre quotidien. Si le moindre de vos pas pourra être scruté par des caméras, votre clavier pourra également moucharder des informations à votre insu. Le point le plus inquiétant reste
le filtrage qui pourrait être étendu à d'autres domaines notamment la lutte contre le piratage.
La Quadrature du Net redoute d'ailleurs que LOPPSI ne soit qu'un prétexte pour
« permettre au gouvernement de contrôler Internet, la porte étant désormais ouverte à l'élargissement du dispositif. » Nos parlementaires auront-ils suffisamment de courage pour refermer cette porte ?
Brève rédigée par Charles P. le 12 Février 2010 à 14h23.