je suis content de voir que le sujet intéresse quand même un peu
voici mon avis sur la question:
en passant au quinquennat et en inversant le calendrier électoral, la Ve République est passée d'un régime mi-présidentiel mi-parlementaire à un régime entièrement présidentiel
un mode de scrutin majoritaire pour les législatives (tel que celui qui est en place actuellement) peut convenir dans un régime parlementaire: dans la mesure où c'est le parlement qui détient le principal pouvoir, il faut qu'il y ait une majorité pour éviter de tout bloquer
en revanche, ce mode de scrutin est dangereux dans un régime présidentiel: là c'est le président qui détient le principal pouvoir, et pour éviter que "le souverain se substitue au peuple" ou que "le peuple affronte le souverain dans la rue" (pour reprendre une expression de
Marianne dans le numéro de cette semaine), il faut que le parlement joue un véritable rôle de médiateur entre le peuple et le président, et ce rôle ne peut être rempli convenablement que si toutes les tendances politiques significatives sont correctement représentées
pour instaurer une représentativité plus juste au parlement, un scrutin proportionnel (au moins à moitié) semble mieux adapté que le scrutin majoritaire
si on craint que la proportionnelle amène à défaire le lien qui peut exister entre un député et une circonscription, on peut peut-être imaginer un système mixte où chaque département ou chaque région élit à la proportionnelle un nombre de députés en rapport avec le nombre d'habitants, ainsi les députés resteraient liés à une zone géographique
mais ce n'est qu'une suggestion, ce n'est peut-être pas la meilleure, et il y a sûrement d'autres possibilités tout aussi valables
certes, le scrutin proportionnel fait aussi réapparaître les extrêmes (des deux côtés), mais justement: dans la mesure où ces extrêmes sont significatifs, pourquoi sont-ils absents du parlement ? je ne suis ni révolutionnaire, ni nationaliste, et pourtant je ne trouve pas cela normal
pour terminer, il faut rappeler que le mode de scrutin des législatives en France est une exception en Europe: dans la plupart des autres pays, il y a au moins une part de proportionnelle, et ça marche aussi bien sinon mieux
| 40% des voix = 80% des sièges ! Nous dénoncerions pareille anomalie démocratique si elle se produisait par exemple en Russie. Pourquoi donc serions-nous contraints d'accepter en France semblable archaïsme ? |
(
Marianne à nouveau)