CeBIT 2008 : des objectifs présidentiels bien en dessous de la réalité
Les objectifs de la France en matière d'Internet peu ambitieux
A l'occasion du
CeBIT 2008 qui se tient actuellement à Hanovre en Allemagne,
Nicolas Sarkozy a dévoilé ses engagements pour le développement d'Internet et des nouvelles technologies sur le territoire. Agir dans ce domaine est effectivement indispensable, encore faut-il se fixer des objectifs dignes de ce nom...
Le Président a donc affirmé :
« Je veux porter en deux ans à 70 % la part des ménages français équipés d'un ordinateur, et je veux que 100 % des Français aient accès à l'internet à haut débit fixe et mobile avant la fin de mon quinquennat ». Ces deux objectifs, plutôt louables dans l'intention, n'ont malheureusement rien à voir avec la réalité...
Sur la part d'équipement en informatique dans les foyers français,
le chiffre est actuellement de 64 %. Si on reprend l'étude du
CREDOC (
dont nous avions déjà parlé ici), on s'aperçoit que la progression du taux d'équipement est très importante depuis 1998 (avec 4 à 5 points d'augmentation en moyenne par an).
Entre 2006 et 2007, le chiffre a bondi de 7 points et, en suivant la progression actuelle, les 70 % clamés par Nicolas Sarkozy seront sûrement atteints en 2008 ou 2009 sans qu'il n'ait à intervenir. L'attrait d'Internet suffit à pousser les ménages à s'équiper. Voilà donc un premier objectif qui est déjà obsolète, à peine prononcé...
Concernant l'accès au réseau des réseaux, le problème est à peu près le même. Dans sa promesse de donner à 100 % des Français la possibilité d'accéder au haut débit fixe ou mobile d'ici 2012, Nicolas Sarkozy s'est déjà fait doubler par l'ARCEP. En effet, comme
nous vous le signalions ici, les opérateurs 3G bénéficient de la bande de fréquence 900 Mhz pour étendre leurs services en haut débit mobile. Mais en contrepartie,
ces opérateurs ont l'obligation légale de couvrir respectivement 99,3 % de la population pour SFR et 98 % pour Orange en août 2009, soit bien avant 2012. Certes, 99,3 % n'est pas 100 %, mais le débat n'est pas là. De plus, avec l'arrivée de
Vivéole et de son accès à Internet par satellite (
voir ici),
100 % du territoire est théoriquement déjà éligible à l'Internet en haut débit.
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Il faut bien avouer que
Nicolas Sarkozy se trompe de chiffres et surtout de terrain de bataille. Effectivement, au début de l'envol d'Internet et des services mobiles, la question du déploiement géographique restait un enjeu majeur. Mais les problèmes d'accessibilité sont désormais ailleurs (espérons donc qu'il nous lise).
1 - Un accès Internet oui, mais à quel prix ?

En terme de téléphonie et de haut débit mobile, l'
UFC-Que Choisir pointe justement du doigt les tarifs exorbitants pratiqués par les opérateurs mobiles (
voir article ici). De l'Internet faussement illimité (avec quota de données, limitation des protocoles) aux prix des forfaits qui subissent des augmentations constantes, la première question est de savoir quel accès à haut débit nous voulons pour la France de demain.
Même avec une couverture de 100 % de la population en haut débit mobile, la question du coût devra être réglée pour en démocratiser l'usage.
2 - Renforcer le rôle des collectivités territoriales
Nous le voyons souvent, les collectivités territoriales ont un grand rôle à jouer dans le développement de l'accès au haut débit fixe. Il faut déjà se poser la question de quel haut débit fixe parle
Nicolas Sarkozy car i
l existe un gigantesque fossé entre un simple accès en 512 Kb/s et une connexion à plusieurs Mb/s avec services de téléphonie illimité et de télévision numérique.
Pour le développement du haut débit fixe, les DSP (délégations de service public) permettent à des zones blanches ou des régions ne bénéficiant pas de tous ces services de développer leur accès aux technologies numériques. Que ce soit dans le cas de l'équipement d'immeubles avec les bailleurs sociaux (comme ces le cas à
Paris ou
Angers) afin de proposer une offre « triple play » à bas coût aux usagers, ou dans le cas du raccordement de petites villes grâce à des actions des Conseils Généraux, les volontés locales sont primordiales pour assurer un développement homogène du territoire.
A quoi sert une couverture de 100 % du haut débit mobile si les opérateurs ne rendent pas leurs tarifs abordables et les conditions d'utilisation plus souples ? A quoi peut servir un simple accès 512 K aujourd'hui alors que le contenu en ligne nécessite de plus en plus de bande passante ? En fait,
l'ambition n'est plus d'être une France éligible, mais celle d'une France ayant les moyens de se connecter et de profiter de tous les usages du haut débit en matière d'Internet, de téléphonie et de télévision.
Source :
Brève rédigée par Charles P. le 04 Mars 2008 à 17h10.